En librairie le 16 janvier 2017

édition Lignes | 2017

La Piraterie dans l’âme

essai sur la démocratie

Démocratie et piraterie : pourquoi un tel rapprochement ? On aurait plutôt tendance à penser que la piraterie, monde des hors-la-loi, du crime et du pillage, est à l’exact opposé de la démocratie qui incarnerait, elle, le triomphe du droit. Que font donc ici associés les représentants respectifs de la morale et de l’immoralité ?

On savait, depuis quelque temps déjà et par les historiens, qu’au 18ème siècle, époque de son apogée aux îles Caraïbes, la piraterie se dotait d’une forme d’organisation assez exemplaire de ce que nous mettons sous le mot démocratie. Ce seul point méritait que l’on réfléchisse plus avant sur le sens d’un emprunt aussi inattendu. Il fallait donc aller chercher plus loin la nature de cette association que dans la seule motivation des pirates : non plus du côté de la piraterie mais du côté de la démocratie cette fois-ci, de son histoire et de sa nature profonde.

L’argument qu’avance ce livre procède d’un renversement complet de nos habitudes de penser. Il tient en ceci : si la piraterie s’est faite si spontanément démocratique, c’est parce qu’en réalité c’est la démocratie qui a, en son essence, à voir avec la piraterie, avec la prédation et l’extorsion, et non l’inverse. C’est parce qu’elle a, en quelque sorte, la piraterie dans l’âme. Et cela, depuis ses origines jusqu’à nos jours. En ce sens, elle se présente comme une forme d’organisation politique fondée sur la dépense et la dilapidation, et non sur l’épargne et la production. Du reste, la logique de production de la société industrielle qui s’y déploie, parfaitement étrangère à l’esprit démocratique, ne s’y développe qu’en raison d’un horizon de partage de l’abondance promise qui y prend le nom de « société de consommation ».
À bien des égards, la “société de consommation” – en réalité de surproduction – est exactement ce qui répond au rêve de débauche pirate dans l’abondance partagée qui soutient la démocratie.

De telles assertions choqueront peut-être mais rien n’empêche, en ces temps de mondialisation où l’avenir politique des sociétés est à reconsidérer de fond en comble, d’envisager que voie le jour une forme de démocratie plus proche de l’idéal qui l’habite. Il ne serait pas inutile dans ce cas que l’on sache, ne serait-ce que pour mieux en assumer les conséquences, ce qui, de sa nature, reste caché dans la part d’ombre de son éclat.

Pour la politique du pirate | par François Cusset
Beaux Arts Magazine # 392 | Février 2017
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Un éclairage sur la démocratie | par Jean Klépal
Epistoles-improbables | 30 janvier 2017
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